L’effet de la manipulation viscérale ostéopathique
sur la qualité de vie et la stabilité posturale
chez les femmes atteintes d’endométriose
Cet article montre qu’un protocole court de manipulation viscérale ostéopathique améliore la qualité de vie de femmes opérées d’endométriose ou de prolapsus, mais sans effet démontré sur la stabilité posturale, et avec de vraies limites méthodologiques. Il s’inscrit dans une littérature encore émergente, qui suggère un potentiel intérêt de l’OMT viscérale en gynécologie, mais avec un niveau de preuve globalement faible à modéré.
« The Effect of Osteopathic Visceral Manipulation on Quality of Life and Postural Stability in Women with Endometriosis and Women with Pelvic Organ Prolapse: A Non-Controlled Before-After Clinical Study » (Publiée dans J. Clin. Med. 2025)
- PMID : 39941438
- PMCID : PMC11818518
- DOI : 10.3390/jcm14030767
Résumé de l'étude
Étude avant–après non contrôlée (pas de groupe témoin) menée chez des femmes opérées d’endométriose ou de prolapsus génital, âgées en moyenne d’environ 41 ans.
Intervention : 5 séances de manipulation viscérale ostéopathique, à raison d’1 séance/semaine, réalisées par le même thérapeute, en décubitus dorsal, dans un cadre standardisé.
Critères principaux :
Qualité de vie (WHOQOL‑BREF).
Stabilité posturale (plateforme, paramètres d’oscillation du centre de pression).
Résultats principaux :
Amélioration significative de la qualité de vie dans les deux groupes : p = 0,0093 pour le prolapsus, p = 0,0001 pour l’endométriose.
Aucun effet significatif sur les paramètres de stabilité posturale.
Absence d’effets indésirables rapportés pendant les 5 semaines.
Chiffres clés
96 femmes initialement recrutées (42 endométriose, 54 prolapsus) ; 66 ont finalement été incluses/analyse après application des critères et abandons.
Protocole : 5 séances, 1 fois/semaine, même thérapeute, conditions standardisées (tard dans la journée, salle calme, température stable).
Qualité de vie (WHOQOL‑BREF) :
Prolapsus : p = 0,0093 après traitement (amélioration significative).
Endométriose : p = 0,0001 après traitement (amélioration significative).
Stabilité posturale : pas de modification significative de l’aire ou des oscillations antéro‑postérieures/médio‑latérales en yeux ouverts.
Ce que dit la littérature
Visceral OMT & endométriose / gynéco
Divers travaux (études cliniques, séries de cas) suggèrent que l’ostéopathie viscérale et plus largement l’OMT peuvent réduire la douleur, améliorer la qualité de vie et certains symptômes (douleurs pelviennes, troubles digestifs, dysménorrhée) chez des patientes avec endométriose ou troubles gynécologiques.
Une revue systématique récente sur l’OMT dans la dysménorrhée rapporte un signal favorable (diminution de la sévérité des douleurs menstruelles, amélioration de la qualité de vie), mais souligne la faible qualité méthodologique et l’hétérogénéité des essais.
Efficacité de la manipulation viscérale en général
Une revue sur l’efficacité de l’ostéopathie viscérale conclut à des preuves limitées, souvent contradictoires, avec des échantillons modestes, peu de groupes contrôles et un risque de biais élevé.
Pour les troubles pelviens féminins (endométriose, syndrome douloureux pelvien, prolapsus), plusieurs études pilotes montrent des améliorations cliniques (douleur, QoL, symptômes) mais ne permettent pas encore d’établir des recommandations fortes.
En résumé, l’étude de Wójcik et coll. va dans le même sens que ces travaux : amélioration subjective de la qualité de vie après OMT viscérale, mais sans preuve robuste d’un effet sur des paramètres plus « durs » (ici, la stabilité posturale).
- Un protocole court (5 séances) de manipulation viscérale ostéo est associé à une amélioration significative de la qualité de vie chez des femmes opérées d’endométriose ou de prolapsus, sans modification objectivable de la stabilité posturale.
- Absence de groupe contrôle, taille d’échantillon modérée, pas d’aveugle, pas de suivi à moyen/long terme, et utilisation d’outils majoritairement subjectifs (QoL auto‑rapportée).
- Le design « before–after » expose fortement à l’effet placebo, à la régression vers la moyenne et aux biais d’attente.
L’article contribue à un corpus qui suggère que l’OMT (dont la viscérale) peut être une approche complémentaire intéressante pour améliorer la qualité de vie et certains symptômes gynécologiques, mais il ne suffit pas à lui seul pour justifier des conclusions fortes ou des recommandations officielles.
Mise en pratique pour un clinicien
L’outil peut s’inscrire dans un parcours global : chirurgie + prise en charge médicamenteuse/algologique + prise en charge fonctionnelle (kiné pelvi‑périnéale, exercice) + éventuellement OMT/viscéral.
Le message à transmettre : « Il existe des données préliminaires montrant que certaines patientes se sentent mieux (QoL) après quelques séances de manipulation viscérale, mais cela ne remplace pas les traitements conventionnels. »
Expliquer aux patientes :
Que les études sont encore exploratoires.
Que l’amélioration ressentie peut être réelle, mais que les mécanismes restent discutés (modulation de la douleur, schéma corporel, système nerveux autonome, relation thérapeutique, etc.).
Avant / après quelques séances :
Utiliser des questionnaires validés (WHOQOL‑BREF, questionnaires spécifiques endométriose, échelles de douleur, dyspareunie, impact fonctionnel) pour objectiver les changements.
Documenter les modifications sur les symptômes clés (douleurs pelviennes, règles, sexualité, digestion, limitations dans les activités de vie quotidienne).
Programme conjoint possible :
Ostéo viscérale : travail doux sur mobilités viscérales, diaphragme, pressions intra‑abdominales, interfaces myofasciales.
Kiné : rééducation périnéale, renforcement lombo‑pelvien, travail respiratoire, activité physique adaptée, éducation douleur.
Objectif : diminuer la douleur, restaurer une meilleure mobilité globale, améliorer le contrôle pelvi‑abdominal et la qualité de vie, en respectant les contre‑indications post‑opératoires.
Pour les cliniciens impliqués :
Standardiser les protocoles (nombre de séances, techniques principales).
Recueillir systématiquement des données pré/post (QoL, douleur, fonction), même en pratique libérale.
Participer à des projets prospectifs contrôlés si possible, pour renforcer le niveau de preuve à moyen terme.
CONCLUSION
Cet article de Wójcik et coll. illustre bien où en est la recherche sur la manipulation viscérale en gynécologie : un signal encourageant sur la qualité de vie, compatible avec ce que rapportent d’autres travaux sur l’OMT dans l’endométriose et les troubles pelviens, mais fondé sur des études pilotes aux limites méthodologiques importantes. Pour un clinicien, l’attitude la plus raisonnable est de considérer la manipulation viscérale ostéopathique comme une option complémentaire et non exclusive, potentiellement utile pour certaines patientes dans un cadre pluridisciplinaire structuré, tout en restant transparent sur le niveau de preuve et en s’appuyant sur des mesures objectivables de la qualité de vie et de la fonction.
Bibliographie
Article principal
Wójcik M et al. The Effect of Osteopathic Visceral Manipulation on Quality of Life and Postural Stability in Women with Endometriosis and Women with Pelvic Organ Prolapse (J Clin Med 2025) :
Version texte intégral (PMC / PDF) : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11818518/
PDF éditeur (IAHE) : https://www.iahe.com/storage/docs/articles/BHpNR3Rl7K5zyigO7e9Qm8QHK79fG1mJhABsSvwt.pdf
Étude MOVENDOP (post‑op endométriose + OMT viscérale)
Protocol/essai MOVENDOP – impact on quality of life following postoperative osteopathic abdominal mobilizations in patients operated for endometriosis :
PLOS One (texte intégral) : https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0323214
PDF : https://journals.plos.org/plosone/article/file?id=10.1371/journal.pone.0323214&type=printable
Registre clinique (NCT) : https://www.centerwatch.com/clinical-trials/listings/NCT06553989/impact-on-quality-of-life-of-osteopathic-visceral-mobilizations
Visceral therapy et organes génitaux féminins
Visceral therapy in disorders of the female reproductive organs (Ginekol Pol 2022) :
Résumé / article : https://journals.viamedica.pl/ginekologia_polska/article/view/87178
Version PDF :
Contexte OMT, endométriose et gynécologie
The role of osteopathic care in gynaecology and obstetrics (revue générale) – Healthcare (Basel) 2022 :
Article français sur l’OMT dans l’endométriose colorectale (impact sur symptômes et QoL) :
Intérêt clinique du traitement ostéopathique chez les patientes ayant une endométriose colorectale (Ann Phys Rehabil Med 2017) – (accès via ScienceDirect ou portail de la revue).
Wójcik M, Kampioni M, Hudáková Z, Siatkowski I, Kędzia W, Jarząbek-Bielecka G. The effect of osteopathic visceral manipulation on quality of life and postural stability in women with endometriosis and women with pelvic organ prolapse: a non-controlled before–after clinical study. J Clin Med. 2025;14(3):815. doi:10.3390/jcm14030815.
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